Temps de lecture : ~7 min | Sources : 2019-2026
Petite précision sur les sources : afin d’éviter les liens instables ou rapidement obsolètes, nous avons privilégié des références reconnues pour la solidité et la pérennité de leurs archives, y compris lorsque celles-ci ne sont pas françaises. Bonne lecture.
Le Mercosur revient régulièrement au cœur du débat public, en particulier lorsqu’il est question d’agriculture et d’alimentation. Entre ouverture des marchés, inquiétudes des filières européennes et mobilisations agricoles, le sujet mérite un éclairage clair, factuel et dépassionné. Faisons le point, simplement.
Qu’est-ce que le Mercosur ?
Le Mercosur (Marché commun du Sud) est une organisation d’intégration économique créée en 1991. Il regroupe aujourd’hui cinq États membres : l’Argentine, le Brésil, le Paraguay, l’Uruguay et la Bolivie. Le Venezuela est actuellement suspendu.
Son objectif principal est de faciliter les échanges commerciaux entre ses membres, en harmonisant progressivement les règles douanières et certaines politiques économiques, à l’image d’un marché commun régional.
(Source : Mercosur - Présentation institutionnelle)
Relations entre le Mercosur et l’Union européenne
L’Union européenne est l’un des partenaires commerciaux majeurs du Mercosur. Les négociations d’un accord de partenariat UE-Mercosur ont débuté à la fin des années 1990 et se sont étalées sur plus de vingt ans.
Cet accord vise à couvrir :
- le commerce de biens et de services,
- la coopération économique,
- le dialogue politique.
A titre indicatif, en 2024, les échanges commerciaux de biens entre l’UE et le Mercosur sont estimés à environ 111 milliards d’euros.
(Sources : OCDE - Données commerce international | CNUCED (UNCTAD) - Statistiques du commerce mondial)
Où en est l’accord début 2026 ?
Début janvier 2026, plusieurs annonces importantes viennent préciser l’état d’avancement de l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur.
- les institutions européennes valident le principe d’une signature de l’accord, ce qui signifie que le texte est considéré comme finalisé sur le plan politique,
- une signature officielle est annoncée en Amérique du Sud (Paraguay), marquant une étape symbolique dans un processus de négociation engagé depuis plus de vingt ans,
- dans le même temps, la France annonce publiquement son opposition à cette signature, estimant que certaines conditions ne sont pas réunies.
À ce stade, l’accord prend la forme de deux ensembles distincts :
- un accord de partenariat global, qui fixe un cadre général de coopération entre les deux blocs,
- un accord commercial intérimaire, centré sur les échanges de biens et de services, et relevant directement de la compétence européenne.
Cette organisation permet d’avancer sur le volet commercial tout en laissant subsister des débats politiques au sein de certains États membres.
(Source : Conseil de l’UE - Communiqués officiels - 1975 à 2026)
Pourquoi l’alimentaire concentre l’essentiel des tensions
Dans les accords de libre-échange, l’alimentation est presque toujours un sujet sensible. Elle touche directement à la souveraineté alimentaire, au revenu des agriculteurs et aux habitudes de consommation.
Plusieurs facteurs expliquent ces tensions : des différences de coûts de production entre régions du monde, des normes sanitaires et environnementales variables, et la possibilité d’importer des volumes importants sur certains produits agricoles.
Dans le cadre de l’accord UE-Mercosur, les principaux mécanismes évoqués sont :
- la réduction ou la suppression de droits de douane, qui rend certains produits importés plus compétitifs,
- la mise en place de contingents tarifaires plafonnés, c’est-à-dire des volumes maximum pouvant bénéficier de conditions avantageuses,
- une protection accrue de certains produits transformés à forte valeur ajoutée, souvent issus des filières européennes.
L’objectif affiché est de faciliter les échanges tout en limitant les déséquilibres sur les secteurs jugés les plus sensibles.
(Sources : Journal of Common Market Studies (2025) - Politicisation and Agricultural (Post-)Exceptionalism in EU trade | Sustainability (2021) - Mercosur, CETA and EU trade agreements (quotas, gains limités, débats))
Filières alimentaires françaises : effets différenciés selon les secteurs
Les analyses économiques s’accordent sur un point : l’accord ne produit pas les mêmes effets pour toutes les filières. Certaines peuvent bénéficier de nouvelles opportunités commerciales, tandis que d’autres sont plus exposées à la concurrence.
Ces différences tiennent à la structure des marchés, aux coûts de production et au positionnement des produits sur les chaînes de valeur.
| Filière | Tendances identifiées |
|---|---|
| Produits laitiers et fromages | Possibilités de développement à l’export, notamment sur des produits à forte valeur ajoutée |
| Vins et spiritueux | Augmentation attendue des échanges commerciaux |
| Produits agroalimentaires transformés | Accès facilité à de nouveaux débouchés commerciaux |
| Viande bovine | Filière particulièrement exposée à la concurrence internationale |
| Volaille | Secteur sensible en raison des volumes et des écarts de coûts de production |
| Sucre et éthanol | Équilibres de marché susceptibles d’être fragilisés |
Pour illustrer ces effets différenciés, certains analystes utilisent la métaphore d’un grand ring de boxe, où des entreprises européennes et sud-américaines d’un même secteur se retrouvent mises en concurrence directe. Dans ce face-à-face, ce sont généralement les acteurs les plus solides en taille, en capacité d’investissement et en organisation, qui tirent le plus d’avantages de l’ouverture des échanges.
Ce constat conduit à une nuance importante : au sein même des secteurs identifiés comme «avantagés», les grands groupes sont susceptibles de bénéficier davantage de l’accord que les petites et moyennes entreprises. À l’inverse, pour ces dernières, l’impact réel, qu'il soit positif ou négatif, reste plus difficile à anticiper, car il dépend fortement de leur positionnement, de leur capacité d’adaptation et de leur accès aux marchés.
Cette lecture rappelle que les effets d’un accord commercial ne se répartissent pas uniformément, ni entre secteurs, ni à l’intérieur d’un même secteur.
(Sources : Ageconsearch (2022) - The EU-Mercosur agreement (PDF) | SSRN (2020) - The EU-MERCOSUR free trade agreement (PDF) | L’accord UE–Mercosur expliqué en vidéo – WebTV indépendante Blast - 2026)
Quel impact économique global pour l’Europe et la France
À l’échelle globale, les études montrent que l’accord aurait un effet positif mais limité pour l’économie européenne. Il représente en effet une part relativement modeste des échanges totaux de l’Union.
Les gains potentiels seraient proportionnellement plus importants pour les pays du Mercosur. Pour l’Europe et pour la France en particulier, l’impact resterait globalement contenu, avec des effets concentrés sur certains secteurs spécifiques (certains déjà en situation inconfortable) plutôt qu’un bouleversement général.
(Source : OeNB Bulletin (2025, PDF) - EU-Mercosur deal: GDP, prices, trade and employment estimates)
Position de la France et lien avec les mobilisations agricoles
La position de la France s’est récemment traduite par des décisions politiques explicites concernant la signature des accords commerciaux liés au Mercosur.
Début 2026, les autorités françaises ont indiqué qu’elles ne soutiendraient pas la signature de l’accord en l’état. Cette position repose sur plusieurs éléments mis en avant par le gouvernement : la protection de certaines filières agricoles jugées sensibles, la crainte de distorsions de concurrence liées aux écarts de normes de production, et un impact économique global considéré comme limité pour la France.
Cette prise de position intervient dans un contexte de mobilisations agricoles importantes. Pour une partie du monde agricole, les accords commerciaux internationaux cristallisent des difficultés plus structurelle : pression sur les revenus, complexité réglementaire, et sentiment de concurrence accrue face à des produits importés.
Dans ce cadre, l’accord UE–Mercosur est souvent perçu comme un symbole de ces tensions, même si les revendications exprimées dépassent largement le seul contenu du texte et renvoient plus largement au modèle agricole et à sa soutenabilité économique.
(Sources : Reuters (08/01/2026) - Manifestation d’agriculteurs à Paris contre l’accord | Wiley (2024) - Farmer Protests in Europe 2023-2024 | Reuters (08/01/2026) – Manifestation d’agriculteurs à Paris contre l’accord | Wiley (2024) – Farmer Protests in Europe 2023–2024)
Peut-on limiter les effets négatifs éventuels
Les analyses économiques et sectorielles indiquent que les effets potentiellement négatifs des accords commerciaux ne sont pas mécaniques et peuvent être atténués.
Plusieurs leviers sont généralement évoqués :
- des contingents tarifaires pour limiter les volumes importés,
- des clauses de sauvegarde pouvant être activées en cas de déséquilibre de marché,
- le maintien de standards sanitaires élevés pour les produits importés,
- des politiques d’accompagnement ciblées pour les filières les plus exposées.
Ces outils visent à encadrer l’ouverture commerciale plutôt qu’à la bloquer.
(Sources : Nature Food (2024) - Not just farmers’ protests (EU-Mercosur cité dans le contexte) | Sustainability (2021) - Discussion des mécanismes et limites des accords)
Enfin, vous l’aurez compris, rien n’est totalement merco sûr à ce stade. Le cadre évolue rapidement, et nous mettrons cet article à jour au fil des avancées concrètes du dossier.
Article rédigé par Ludovic BOULAY (amateur du bien manger)

